Consommons sans nous consumer
not photoshopped photographs
Courtesy of the artists Marie Serruya and Smith 367 

2019 sera l’année où la dérive des formes démocratiques de gouvernance vers un utilitarisme technologique aura produit des impacts visibles : températures records, présidence Twitter, collecte de données pour des applications de reconnaissance faciale sous couvert de divertissement, retrait de la reconnaissance faciale par les géants de la Tech, multiplication des démonstrations de rue de par le monde…

Les controverses autour de toutes les formes de surveillance et autour de la transformation, au travers des réseaux sociaux, de l’électeur autonome en une masse électorale manipulable défient le sens même des notions de « individuel/le » et « choix ».
2019 marque aussi le 70ème anniversaire de l’édition originale de 1984 de George Orwell.

Big Brother n’est qu’un programme télé aux yeux de beaucoup, ou une expression courante correspondant à la surveillance généralisée devenue « la nouvelle norme ». Marie Serruya et Smith367 invitent leur audience à non seulement questionner cette nouvelle normalité, mais à directement l’attaquer au cours d’une expo-performance qui engage physiquement le spectateur, nous renvoyant tous à nos plus profonds atavismes.

Tout en interrogeant la possibilité du choix dans ce monde supra technologique, les artistes invitent le public à exercer le choix le plus basique envers Big Brother : fuir ou lutter ?


Installée sur deux salles, l’installation propose d’abord au spectateur de faire partie de la structure de surveillance en s’immergeant dans un miroir de notre société, bombardée de publicités, « fake » en l’état, entrelacé d’images de caméras portables installées parmi les participants. En avançant, le public déjà averti pénètre la zone des confrontations, où la tête de Big Brother s’affiche dans toute sa
monstruosité matérielle effrayante – comme il se doit, un « monstre » étant étymologiquement quelque chose à exhiber, et non à dissimuler. Vous avez le choix : saisissez une lance et projetez-la sur la tête, regardez le spectacle passivement, ou partez…
La tête est en soi un symbole puissant qui pourrait faire allusion à la partie la plus identifiable du corps, mais aussi, depuis Descartes, prétendument, au cœur de la rationalité et de l’intelligence, la perspective d’un rationalisme ancrée dans le patriarcat.

Shootez ! Regardez ce qu’il se passe ! lancent légèrement les artistes.
L’ironie réside dans l’absence de choix, le nom de chaque personne étant déjà systématiquement imprimé en 3D et relié à la lance et/ou à cette tête gigantesque. Il n’y a aucun abri dans l’anonymat, ni aucun confort dans la multitude.

L’ironie de l’idéologie individualiste est ainsi exposée : une fois présentés par l’illusion du choix, ce choix même nous échappe ainsi que notre propre intimité.
« Individualisé » se résume à l’identifiable et, instantanément, au même moment, à l’identifié.


Alec Balasescu

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